jeudi 1 mai 2008

Pour en finir avec le surmenage

Le débat se poursuit sur le blog
http://surmenes.blogspot.com

mercredi 30 avril 2008

La politique de Sarkozy vue... par Sarkozy

Sarko Lapsus révélateur !
Vidéo envoyée par rastanarko

Quand les socialistes dénoncent le paquet fiscal, c'est, bien sûr, de la propagande de bas étage. Mais quand Sarkozy en parle, c'est une parole d'expert...

mardi 22 avril 2008

Socialistes, qui sommes-nous ?

Les socialistes sont sur le chantier ! Avant le congrès de novembre, ils travaillent à refonder leur déclaration de principes, notre carte d'identité. Les militants socialistes vont maintenant en débattre. Mi-juin, ce texte, éventuellement retravaillé, servira de feuille de route à tous.


Voici donc ce texte important.

Le Parti socialiste plonge ses racines dans la tradition de l’humanisme et dans la philosophie
des Lumières. Il fait siennes les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, proclamées par la
Révolution Française. Il est né de la rencontre entre une pensée critique, riche et diverse, et
l’action du mouvement ouvrier qui, pendant deux siècles, ont porté une contestation de
l’organisation sociale façonnée par le capitalisme et ont défendu le projet d’une société
solidaire dont tous les membres jouissent des mêmes libertés et des mêmes droits. Il
revendique le souvenir de la Commune, l’héritage de la République et de son oeuvre
démocratique, des grandes conquêtes sociales du Front Populaire, de la Libération, de mai
1981 et des gouvernements de gauche qui se sont succédés. Il participe des grands combats
politiques et intellectuels pour la liberté de l’homme, de l’Affaire Dreyfus à l’abolition de la
peine de mort.

Ces ambitions sont plus que jamais d’actualité. Pour les socialistes, l’être humain est un être
doué de raison, libre, un être social qui grandit de sa relation aux autres, ouvert à toutes les
potentialités. C’est pour cela, que les conditions dans lesquelles il vit sont essentielles. Bâtir
un monde nouveau et meilleur, obéissant à la dignité de l’homme et assurant la sauvegarde
de la planète, est la tâche première des socialistes, celle qui motive un engagement renouvelé
pour le progrès au fil des générations, par-delà les moyens mis en oeuvre, qui, eux, se
formulent différemment dans le temps selon les enjeux et les problèmes.

Le socialisme démocratique veut être une explication du monde, une pédagogie de l’action,
un avenir pour l’humanité. Sa nature est « d’aller à l’idéal et de comprendre le réel »,
d’inventer le futur et de travailler dans le présent, d’assumer les tensions et les contradictions
qui en résultent et font la vie humaine.

I - NOS FINALITES FONDAMENTALES

Art 1

Être socialiste, c’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est. L’idée socialiste relève,
à la fois, d’une révolte contre les injustices et de l’espérance pour une vie meilleure. Le but de
l’action socialiste est l’émancipation complète de la personne humaine et la sauvegarde de la
planète.

Art. 2

L’égalité est au coeur de notre idéal. Cette quête n’a de sens que par et pour les
libertés. Egalité et liberté sont indissociables. Aux injustices et aux violences du monde, l’idée
socialiste oppose un engagement pour une humanité libre, juste, solidaire et respectueuse de
la nature. Elle porte un message universel, dès lors qu’il s’agit de défendre les droits
fondamentaux de chacun et de tous. Pour les socialistes, ces objectifs ne peuvent être atteints
à partir du fonctionnement spontané de l’économie et de la société. La redistribution
permanente des ressources et des richesses est nécessaire pour donner une réalité à l’égalité
des droits, offrir à chacun les chances de conduire sa vie, et réduire les écarts de conditions.

Art 3

Le développement durable doit permettre de répondre aux besoins du présent, sans
compromettre l’avenir des générations nouvelles. Les finalités du socialisme démocratique,
l’émancipation humaine, portent pleinement la volonté de préserver notre planète aujourd’hui
menacée, de protéger et de renouveler les ressources naturelles, de promouvoir la qualité de
l’environnement. Cette nécessité demande des réponses qui ne privilégient pas la rentabilité
immédiate, concilient les intérêts particuliers et l’intérêt général, le développement et
l’écosystème. Conscients de l’étroite interaction des activités humaines et des écosystèmes,
les socialistes inscrivent la prise en compte de la planète au même rang de leurs finalités
fondamentales que la promotion du progrès des sociétés humaines et la satisfaction équitable
de leurs besoins.

Art 4

Le progrès, synonyme d’amélioration de la vie humaine, est une valeur fondamentale
pour les socialistes. Ils pensent que l’exercice de la raison doit être accessible à tous,
acceptable par tous, applicable à tout. Ils promeuvent la connaissance, l’éducation, la
recherche, la culture. Ils veulent mettre les avancées scientifiques et technologiques au service
des hommes et de la planète. L’expansion technologique, le développement des nano et
biotechnologies, l’ingénierie génétique posent des questions essentielles pour l’avenir de
l’humanité. Le mérite du principe de précaution est de permettre de faire des choix collectifs,
à travers l’arbitrage des choix politiques, qui subordonnent l’acceptabilité des risques,
inséparables du développement de la science, à l’utilité des innovations et à la légitimité de
leur utilisation. Le progrès économique et social ne peut plus être apprécié à l’aune de la seule
croissance de la production marchande, mais doit l’être à l’aide des indicateurs reflétant la
qualité effective des conditions d’existence et de travail des individus.

Art 5

La démocratie représente, à la fois, une fin et un moyen. Elle incarne une valeur et un
combat universels. Elle conditionne la nature même de l’action socialiste. Elle ne se résume
pas à une méthode. Être socialiste, c’est penser que les hommes et les femmes décidés à agir
ensemble peuvent influer sur l’évolution de leur vie, de leur société et du monde. Notre
socialisme est une conception et une pratique de la citoyenneté dans tous les domaines et sous
toutes ses formes. Démocratie politique et démocratie sociale, démocratie représentative et
démocratie participative forment un tout pour permettre la délibération et la décision
collectives.

II – NOS OBJECTIFS POUR LE XXIE SIECLE

Art 6

Les socialistes portent une critique historique du capitalisme, créateur d’inégalités,
porteur d’irrationalité, facteur de crises, qui demeure d’actualité à l’âge d’une mondialisation
dominée par le capitalisme financier.
Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché, une
économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux.
Le système voulu par les socialistes est une économie mixte, combinant un secteur privé
dynamique, des services publics de qualité, un tiers secteur d’économie sociale.
Les socialistes affirment que certains domaines de l’activité ne peuvent relever du
fonctionnement du marché, quand ils concernent des droits essentiels. Les socialistes font de
la création durable et de la redistribution des richesses un enjeu majeur de l’action politique.
Ils pensent que les politiques participant aux enjeux environnementaux doivent être
coordonnés par la puissance publique garante du long terme et de l’intérêt général.

Art 7

Les socialistes défendent un modèle de développement durable qui conjugue la
croissance, l’innovation technologique, l’impératif écologique, la création d’emplois, la
protection sociale. Les socialistes se préoccupent non seulement de la quantité des richesses
produites et de leur distribution, mais aussi de la manière de les produire et du contenu de la
production.
C’est une société nouvelle, qui dépasse les contradictions du capitalisme, faisant toute sa
place au secteur non-marchand, que les socialistes veulent bâtir. Le travail humain est un
enjeu fondamental, c’est un moyen individuel et collectif d’insertion, de reconnaissance,
d’émancipation. Les socialistes refusent une société duale où certains tireraient leurs revenus
de l’emploi et d’autres seraient enfermés dans l’assistance. La qualité de l’emploi est un
objectif fondamental qui suppose une rémunération juste, des droits garantis et respectés, un
accès à la formation tout au long de la vie favorisant la promotion professionnelle et sociale.
Le travail doit aller de pair avec un mode de vie qui donne du temps libre, l’accès à la culture
et au sport, offrant à chacun de construire sa vie et la possibilité de participer à la vie
publique.

Art 8

Une tâche tout aussi importante est de réactualiser ce qui est l’apport propre du
socialisme démocratique dans le siècle dernier, l’État social, qui permet aux réponses
collectives de satisfaire les besoins individuels dans leur diversité. Celui-ci privilégie d’abord
l’investissement productif au détriment de la rente. Il assure ensuite une protection contre les
risques sociaux. Il repose sur une redistribution assumée. Il doit garantir pour tous, la sécurité
des personnes et des biens sans laquelle il n’y a pas de liberté réelle.La régulation est
également un des rôles majeurs de l’État pour concilier l’économie de marché, la démocratie
et la cohésion sociale. Enfin, l’État moderne doit être un État, qui investit et émancipe en
privilégiant l’éducation, la recherche, l’innovation, la culture.

Art 9

Lutter pour la paix, la sécurité collective et le co-développement correspond à la
vocation internationaliste des socialistes. C’est notre horizon pour le siècle qui commence. Le
combat pour une communauté internationale pacifique est indissociable de la défense des
droits de l’Homme. Il demande également de reconnaître les intérêts propres des États et des
peuples, de travailler à dégager les intérêts communs pour construire un monde équilibré,
juste et sûr. Il exige aussi un double effort pour conforter et réformer les institutions
internationales. Nous avons besoin pour ce faire du renforcement des Nations unies et du
poids de l’Union européenne et de sa détermination.

Art 10

La volonté des socialistes est de contribuer à faire de la France un pays ouvert,
respecté dans le monde, oeuvrant pour la paix, les droits de l’Homme et le développement
durable. La France est, de par son histoire, à la fois, singulière et universaliste, elle doit être
fidèle à ce double héritage. Elle doit respecter tous ceux qui vivent sur son territoire en
combattant toutes les discriminations.

III – NOTRE PARTI SOCIALISTE

ART 11

Le Parti socialiste est un parti républicain. Il oeuvre pour le progrès social. Il
s’organise au service de l’engagement citoyen. Il fait siennes les valeurs de la République, la
liberté, l’égalité, la fraternité. Il combat pour la séparation des pouvoirs, garantie d’un régime
de responsabilité politique. Il défend le pluralisme et l’indépendance de l’information dans les
médias. Il ne considère pas la nation comme une juxtaposition de communautés, mais comme
un contrat entre citoyens libres et responsables, respectueux des droits de toutes celles et de
tous ceux qui vivent sur son territoire, attentif à ce que chacun accomplisse aussi ses devoirs
vis-à-vis de la collectivité.

Art 12

Le Parti socialiste est un parti laïque. Il défend la séparation des Églises et de l’État. Il
veille au respect de la liberté de conscience. La laïcité est plus qu’un principe de tolérance,
elle est un combat contre tous les fondamentalismes et tous les intégrismes. Elle entend
promouvoir et organiser un espace commun, prenant en compte les diversités culturelles et
religieuses, dès lors qu’elles ne sont pas un obstacle pour la liberté de chacun et de tous. La
laïcité est une condition de notre vivre ensemble.

Art 13

Le Parti socialiste est un parti réformiste. Il porte un projet de transformation sociale
radicale. Il sait que celle-ci ne se décrète pas, qu’elle résulte d’une volonté collective forte
assumée dans le temps, prenant en compte l’idéal, les réalités et l’histoire. Le Parti socialiste
veut contribuer à changer la vie avec la société et par la société, par la loi et le contrat. Il ne
considère jamais les rapports de force d’un moment comme figés ou indépassables. Il entend
lutter contre tous les déterminismes sociaux, source d’injustices et d’inégalités.

Art 14

Le Parti socialiste est un parti décentralisateur. Il met le respect de la diversité, des
territoires, au coeur de ses valeurs. Il veut allier la présence d’un Etat régulateur et garant de
l’équilibre –y compris financier- entre les territoires, à une démocratie locale vivante et
innovante.

Art 15

Le Parti socialiste est attaché aux grands principes de la Justice. Celle-ci est une
valeur et une institution. Elle est garante de la réalité des droits de chacun. Elle doit être
accessible et égale pour tous. Elle a pour vocation non seulement de sanctionner mais aussi
d’aider à la réhabilitation et à la réinsertion dans la société.

Art 16

Le Parti socialiste met la culture au centre de ses valeurs. Celle-ci permet, à la fois, de
rassembler et de libérer. Face au danger d'une civilisation par trop uniformisée et
marchandisée, la culture, avec l'apport irremplaçable des artistes, contribue à construire un
monde fondé sur la diversité, le dialogue, l’ouverture. L’accès à la culture pour tous et la
démocratisation des pratiques culturelles sont notre objectif.

Art 17

Le Parti socialiste est un parti européen qui agit dans l’Union européenne qu’il a non
seulement voulue, mais en partie, conçue et fondée. Il revendique le choix historique de
l’Union européenne. Pour les socialistes, celle-ci doit avoir pour mission, par ses politiques
communes, d’assurer la paix sur le continent, de favoriser une croissance forte et durable et le
progrès social, de promouvoir la créativité et la diversité culturelle, d’aider à relever les défis
planétaires par l’exemple d’association qu’elle offre. Membre du Parti socialiste européen, le
Parti socialiste entend tout mettre en oeuvre pour le renforcer afin que soit porté un message
socialiste en Europe.

Art 18

Le Parti socialiste est un parti internationaliste. Il condamne toutes les oppressions et
exploitations dont sont victimes les hommes et les peuples, qu’elles qu’en soient les origines
et les causes. Il agit pour le développement des pays du Sud. Il combat la xénophobie, le
racisme et l’antisémitisme sous toutes leurs formes. Il milite pour un ordre international juste
et respecté, pour une coopération entre les peuples. Il défend le rôle de l’ONU et des
institutions internationales. Il souhaite que l’Internationale socialiste, de forum international
pour les partis et les forces progressistes qu’elle tend à être aujourd’hui, devienne un véritable
mouvement progressiste et internationaliste.

Art 19

Le Parti socialiste est un parti populaire ancré dans le monde du travail. Il est le
produit des combats politiques et des luttes sociales menées tout au long des XIXe et XXe
siècles. Il entend exprimer l’intérêt général du peuple français.

Art 20

Le Parti socialiste est un parti démocratique. Il fait de la parité entre les hommes et les
femmes un principe. Il respecte chacun de ses adhérents. Il organise un débat politique
transparent et ouvert. Il veille à la diversification des responsabilités partisanes et électives à
tous les niveaux. Il prend en compte dans un dialogue permanent, les forces et les
mouvements de la société civile, en particulier les syndicats, les associations, les
organisations non gouvernementales… Le Parti socialiste est un parti qui défend une éthique
politique dans l’engagement militant. Il repose sur une adhésion volontaire qui demande que
les décisions, les textes et les règles, délibérés et adoptés en commun, soient respectés.

Art 21

Le Parti socialiste veut rassembler toutes les cultures de la gauche. Il ne se résigne pas
aux divisions de l’histoire. Organisant en son sein depuis toujours un libre débat, il appelle
tous les hommes et toutes les femmes qui partagent ses valeurs à rejoindre ce combat.

jeudi 17 avril 2008

Hommage

« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au VietNam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de 1’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. [...]
J’ai relevé dans l’histoire des expéditions coloniales quelques traits que j’ai cités ailleurs tout à loisir.
Cela n’a pas eu l’heur de plaire à tout le monde. Il paraît que c’est tirer de vieux squelettes du placard. Voire !
Etait-il inutile de citer le colonel de Montagnac, un des conquérants de l’Algérie :
" Pour chasser les idées qui m’assiègent quelquefois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes. "
Convenait-il de refuser la parole au comte d’Herisson :
"Il est vrai que nous rapportons un plein barils d’oreilles récoltées, paire à paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis. "
Fallait-il refuser à Saint-Arnaud le droit de faire sa profession de foi barbare :
"On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres."
Fallait-il empêcher le maréchal Bugeaud de systématiser tout cela dans une théorie audacieuse et de se revendiquer des grands ancêtres :
"Il faut une grande invasion en Afrique qui ressemble à ce que faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths."
Fallait-il enfin rejeter dans les ténèbres de l’oubli le fait d’armes mémorable du com­mandant Gérard et se taire sur la prise d’Ambike, une ville qui, à vrai dire, n’avait jamais songé à se défendre :
"Les tirailleurs n’avaient ordre de tuer que les hommes, mais on ne les retint pas ; enivrés de l’odeur du sang, ils n’épargnèrent pas une femme, pas un enfant... A la fin de l’après-midi, sous l’action de la chaleur, un petit brouillard s’éleva : c’était le sang des cinq mille victimes, l’ombre de la ville, qui s’évaporait au soleil couchant."
Oui ou non, ces faits sont-ils vrais ? Et les voluptés sadiques, les innommables jouissan­ces qui vous friselisent la carcasse de Loti quand il tient au bout de sa lorgnette d’officier un bon massacre d’Annamites ? Vrai ou pas vrai ?
Et si ces faits sont vrais, comme il n’est au pouvoir de personne de le nier, dira-­t-on, pour les minimiser, que ces cadavres ne prouvent rien ?
Pour ma part, si j’ai rappelé quelques détails de ces hideuses boucheries, ce n’est point par délectation morose, c’est parce que je pense que ces têtes d’hommes, ces récoltes d’oreilles, ces maisons brûlées. ces invasions gothiques, ce sang qui fume, ces villes qui s’évaporent au tranchant du glaive, on ne s’en débarrassera pas à si bon compte. Ils prouvent que la colonisation, je le répète, déshumanise l’homme même le plus civilisé ; que l’action coloniale, l’entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris de l’homme indigène et justifiée par ce mé­pris, tend inévitablement à modifier celui qui l’entreprend ; que le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-­même en bête. C’est cette action, ce choc en retour de la colonisation qu’il importait de signaler. »

Aimé Césaire, poète, homme politique (1913 - 17 avril 2008).
Discours sur la colonisation prononcé en 1950.

mardi 15 avril 2008

Analogies

La victoire de Berlusconi en 2008 intervient quasiment un an après celle de Nicolas Sarkozy en France.
Comment ne pas voir ici une correspondance entre les deux leaders de droite…

Silvio Berlusconi avance sans tabou, tout comme Nicolas Sarkozy. Le bling-bling est une marque de fabrique du marketing de Berlusconi.
Autre point commun, qui n’est pas anodin : Sarkozy et Berlusconi se retrouvent dans leur critique permanente de la justice, entretenant une confusion des pouvoirs à tous les niveaux.
Leur stratégie politique est commune : avec eux, la droite républicaine s’est rapprochée de la droite nationale, reprenant allègrement ses thèmes de prédilection.
Sur le plan de la politique internationale, l’un et l’autre ne cachent pas leur admiration de Bush et leur volonté de s’ancrer dans une vision atlantiste.
Comment ne pas souligner également les liens privilégiés qu’ils entretiennent avec les médias, le premier en les contrôlant très directement, le second en entretenant des relations de complaisance.
Le populisme est également un trait commun entre ces deux responsables européens. On ne reviendra pas sur le culte de l’argent roi, les discours simplistes sur le travail, sur l’immigration, sur la famille. Le terreau est le même. Enfin, Berlusconi et Sarkozy affichent la même arrogance dans la relation qu’ils entretiennent avec le pouvoir et avec ses attributs.
Mais lister ces points communs ne suffit pas… Nous devons faire un autre constat, plus inquiétant. Dans un cas comme dans l’autre, les discours donnant lieu à la « diabolisation » n’ont pas fonctionné. Pourquoi ? Parce que la gauche française et la gauche italienne ont refusé de voir que Nicolas Sarkozy comme Silvio Berlusconi présente une offre politique répondant à des attentes plus profondes dans la société que l’écume qui nous préoccupe légitimement. Sarkozy et Berlusconi ont pris en compte, et l’un et l’autre, la montée de l’individualisme.
Ils ont réussi à faire croire, l’un et l’autre, que le libéralisme était le frère jumeau de la liberté.
Face à ce positionnement très idéologique, la gauche est à la peine. Ses réponses traditionnelles (interventions de l’Etat, mises en œuvre de nouvelles régulations) sont perçues soit comme des entraves insupportables, soit comme des outils inopérants…
Il faut d’ailleurs remarquer qu’en France comme en Italie, l’avènement de Sarkozy et de Berlusconi a été précédé de victoire de la gauche… aux élections locales ! Ce n’est pas un paradoxe. Au contraire : ce choix est très révélateur de la répartition des rôles que souhaite le citoyen français et italien. L’électeur confie aux socialistes et aux socio-démocrates les clés pour une gestion de proximité (où les leviers sont moindres pour impulser de vraies politiques alternatives) mais il s’en remet à des logiques libérales et conservatrices à l’échelon national.
On aurait tord de ne pas mesurer très exactement cette évolution et toutes ses conséquences. Elles doivent interpeller la gauche et nous conduire à inventer un autre modèle de société. Face à la montée de l’individualisme, nous devons sortir des réponses relevant de l’étatisme et du collectivisme. La vraie réponse humaniste et sociale face à l’individualisme qui porte en lui les germes de la concurrence à outrance, de la consommation à l’excès et du repli identitaire, c’est l’émancipation de l’individu. Emancipation par l’éducation, par la culture, par une démocratie totale, par la formation. Emancipation par le travail dès lors qu’il permet un épanouissement personnel, qu’il garantit le respect entre les travailleurs et qu’il s’accompagne de sécurités professionnelles. Emancipation par l’affirmation du principe de laïcité qui libère les hommes et les femmes du poids de tous les dogmatismes et qui offre de nouveaux horizons à la liberté de conscience et à l’égalité entre tous.

Si nous ne parvenons pas à engager cette révolution culturelle, alors il y a des grandes chances pour que nous restions les spectateurs scandalisés des ravages du néolibéralisme en Europe et des gestionnaires raisonnables de nos collectivités locales…

lundi 7 avril 2008

Signez l'appel du "Comité 252"

Nous, producteurs, agriculteurs, restaurateurs, consommateurs, gastronomes et citoyens, sommes viscéralement attachés aux AOC et labels de qualité qui font la renommée de la France, comme à la protection de l'agriculture conventionnelle et biologique ainsi que des espaces naturels remarquables. L'avenir de ce patrimoine national serait irrémédiablement menacé par les disséminations d'OGM.
Nous nous félicitons de l'adoption par l'Assemblée nationale de l'amendement 252 ajoutant à l'article 1 du projet de loi sur les OGM que ces organismes ne peuvent être cultivés que dans le respect « des structures agricoles, des écosystèmes locaux, et des filières de production et commerciales qualifiées "sans organismes génétiquement modifiés" et en toute transparence ».
Au moment où le président de la République veut faire inscrire notre gastronomie au patrimoine mondial de l’Unesco, il serait inconcevable de faire marche arrière.Par notre signature, nous demandons solennellement au gouvernement de s'engager à respecter le vote du Parlement et de s'opposer à toute tentative de suppression de l'amendement 252 jusqu'à l'adoption définitive de la loi.
Pour signer l'appel, envoyer un message à : amendement252@gmail.com
Premiers signataires :Jean-Marc Ayrault (président du groupe SRC), Jean-Claude Sandrier (président du groupe GDR), André Chassaigne (député du Puy-de-Dôme), Delphine Batho (députée des Deux-Sèvres), Philippe Martin (député du Gers), Alain Bocquet (député du Nord), Jean-Pierre Brard (député de Seine-Saint-Denis), Martine Billard (députée de Paris), Yves Cochet (député de Paris), Jacqueline Fraysse (députée des Hauts-de-Seine), Jean-Paul Lecoq (député de Seine-Maritime), Noël Mamère (député de la Gironde), Germinal Peiro (député de la Dordogne), François Brottes (député de l’Isère), Corinne Erhel (députée des Cotes d’Armor), Jean Gaubert (député des Cotes d’Armor), Frédérique Massat (députée de l’Ariège), Annick Leloch (députée du Finistère), Philippe Tourtelier (député d’Ille-et-Vilaine), Jean-Jack Queyranne (député du Rhône), François de Rugy (député de Loire-Atlantique), Arnaud Montebourg (député de Saône-et-Loire), François Hollande (député de la Corrèze), Marie-Georges Buffet (députée de Seine-Saint-Denis)

jeudi 3 avril 2008

Amendement en sursis

Lors de l'élaboration du projet départemental des socialistes, j'avais proposé un amendement demandant de reconnaître la liberté de produire et de consommer sans OGM et d'appliquer ce droit dans la politique agricole du Conseil général. Cette idée avait été soumise au vote des militants socialistes du Puy-de-Dôme, qui l'ont approuvé à plus de 80% (d'accord, me direz-vous, le vote des militants, ça pèse pas lourd !!!).
Aujourd'hui, le débat se prolonge à l'Assemblée nationale. Hier, les députés ont approuvé un amendement qui encadre l'utilisation des OGM, notamment dans les zones d'appellation d'origine contrôlée (AOC). La proposition émane d'André Chassaigne, député PCF du Puy-de-Dôme. Cette disposition va-t-elle survivre à la colère des lobbies pro-OGM ? C'est peu probable. Ce jeudi, en marge du congrès de la FNSEA à Nantes, certains ont déjà sorti l'artillerie lourde.
"C'est un amendement dangereux", a déclaré à l'AFP Christophe Terrain, président de l'Assemblée générale des producteurs de maïs (AGPM).
Selon lui, "avec cet amendement, on peut faire une interprétation très exhaustive, mettre des restrictions, voire des interdictions de productions commerciales OGM dans toutes les zones AOC, comme par exemple dans tout le département de la Dordogne qui est en AOC Noix du Périgord".
Et de prévenir : "Nous allons demander aux sénateurs de modifier le texte de loi en deuxième lecture pour revenir à la rédaction initiale".
Dans notre département aussi, on connaît la puissance de ceux qui veulent imposer les essais OGM en plein champ. On connaît leurs relais, sur la totalité de l'échiquier politique. Mais il faut être clair : il ne s'agit pas de dire non à la recherche, et en particulier à la recherche publique. Menés en milieu confiné, les essais à but thérapeutique peuvent constituer un espoir pour venir à bout de certaines maladies. Raison de plus pour renforcer les moyens publics de la recherche publique. En revanche, l'utilisation émotionnelle de la maladie, la prise en otage médiatique de malades pour imposer des cultures dont la finalité est avant tout industrielle, économique et financière est indigne. Or on assiste, depuis quelques années, à une guerre de l'information et de la désinformation qui fausse le débat et qui pollue les esprits.